Casina de Fellini, la fièvre du jeu selon Pasolini
Il y a des œuvres qui naissent sous une étoile étrange, portées par des tensions créatrices si fortes qu’elles en deviennent presque mythiques. *La Casina* — ce projet de film resté longtemps dans les limbes — est de celles-là. Imaginez la scène : d’un côté, Federico Fellini, le magicien de Rimini, maître absolu de l’image baroque et de la fête qui tourne mal ; de l’autre, Pier Paolo Pasolini, le poète des périphéries, l’intellectuel engagé qui cherchait dans le peuple une vérité brute. Leur collaboration éclair, souvent évoquée mais rarement documentée dans le détail, donne naissance à un objet filmique fascinant et inclassable, où le jeu, la passion et la transgression se répondent comme des miroirs brisés.
Le projet, conçu à la fin des années soixante, devait réunir sur un plateau de cinéma les deux univers esthétiques les plus extrêmes de l’Italie de l’époque. Fellini y apportait son goût pour les décors foisonnants, les gros plans expressive, les masques et les grotesques. Pasolini, quant à lui, y injectait son angoisse face à la modernité, son intérêt pour les cultures paysannes et périphériques, et une certaine violence cathare. Ce métissage a donné un scénario hors normes : une histoire de paris, de villas, d’ombres et d’argent sale, quelque part entre le réalisme magique et la farce tragique.
Le pari entre deux artistes
Au cœur du récit, il y a une figure du joueur qui n’appartient ni tout à fait à Fellini ni tout à fait à Pasolini, mais à l’intersection de leurs obsessions. Le protagoniste attend un coup de chance tout en sachant que la chance est une fiction. Cette tension entre le désir et la lucidité traverse le film entier et donne sa matière singulière à *La Casina*. On y voit des séances de nuit, des gens qui perdent leur chemise, des comportements qui révèlent ce que l’argent fait aux âmes. Le décor, lui, oscille entre deux dimensions : la villa abandonnée et une rue étroite d’un faubourg, deux lieux qui représentent deux classes, deux Italies, deux manières de rêver (ou de ne pas rêver). Dans casinia casino login, on retrouverait peut-être des ambiances similaires : une emprise du hasard qui donne à l’instant une densité presque irréelle.
Ce qui fascine, c’est l’angle choisi par les auteurs : jamais on ne juge le joueur. Le film ne raconte pas la décadence d’un individu, mais l’état d’un monde qui, à mesure que les années 1960 s’achèvent, bascule dans une frénésie difficile. Pasolini regarde cette frénésie avec une tendresse amère, non sans attrait pour les marginales, les truands, ceux qui jouent leur vie. Fellini s’amuse quant à lui avec les dialogues, les couleurs, les gestes. Cette alchimie produit des séquences mémorables : une partie de cartes qui tourne au quasi-rituel sacré, des montagnes de jetons de toutes tailles qui brillent dans une lumière blafarde, des statuettes de tailles diverses qui parlent autant que les personnages.
Scandales, censure et légende apparente
Le film n’a jamais réellement vu le jour dans sa version complète, laissant circuler une légende de coopération malheureuse. Des fragments existent, des notes de travail, des images d’essais. Certains parlent d’un tournage avorté, d’autres d’un montage perdu. Il semble que le budget ait été dilapidé, que les conflits entre les deux cinéastes aient été fréquents, et que le projet soit resté dans les archives tel un trésor caché. Mais ce qui reste est très important : un ensemble d’idées, une manière d’aborder le jeu qui a marqué durablement l’imaginaire collectif français et italien. Des essais critiques sur cette période évoquent même une comparaison entre la vision de Pasolini et des réalisations plus récentes sur la fièvre spéculative.
Et pourtant, la leçon demeure universelle. On peut y voir une parabole sur notre rapport moderne au hasard, à l’argent, à la vitesse. La *fièvre du jeu* décrite par les deux artistes n’est surtout pas un simple divertissement ; c’est un symptôme, une expression d’une société qui se cherche. Le jeu révèle les structures de pouvoir et la manière dont on se débarrasse parfois de la peur en s’humiliant devant un chiffre.
Les sujets majeurs du film disparu
- La tension entre le réel et la fiction : le film montre comment les personnages se inventent des vies au gréde leurs victoires et défaites.
- La violence sourde des rapports de classe : les riches et les pauvres se retrouvent autour d’une table de jeu, mais jamais à égalité.
- Le grotesque du quotidien : à la manière de Fellini, les excès corporels et moraux sont des miroirs grossissants.
- Le désenchantement politique : pour Pasolini, la scène du jeu permettait de parler d’opportunisme et de désillusion.
Comparaison des tempéraments créatifs
| Aspect | Approche de Fellini | Approche de Pasolini |
|---|---|---|
| Conception du décor | Fantaisiste, onirique, surcharge visuelle | Réaliste, terrain d’observation sociale |
| Regard sur les personnages | Caricatures remuantes, grotesques | Figurines révélant des tensions sociales |
| Traitement du jeu | Spectacle visuel et sonore | Miège et plus mural |
| Rapport à la modernité | Curiosité ambivalente, fascination | Critique radicale et douloureuse |
Héritage et relectures ultérieures
Avec le temps, ce sont devenus des fétiches pour de nombreux critiques. Il y a notamment cette idée insistante que cette œuvre aurait pu mieux que d’autres capturer l’essence mystérieuse des années 60′, cette inflation du désir devenu marchandise. Aujourd’hui, c’est surtout une fantasmagorie qui recycle les notes, les documents, les entretiens, pour essayer de reconstituer, en pensée, ce qu’aurait pu être le film. Le souvenir de cette collaboration rare donne parfois naissance à des cartons de dessins, des conferences et même des « installations » dans les musées d’art moderne.
Fondamentalement, que conclure d’autre de cette aventure inachevée ? Qu’il faut prendre garde aux excès du jeu, bien sûr, mais aussi que l’art ne prospère pas toujours en pleine lumière. Ce qui a échoué dans la production de *La Casina* a réussi autrement : la création d’un mythe, d’une utopie sur l’écran, et la preuve que deux visions peuvent se frotter, s’opposer et produire une étincelle que l’on pressent encore aujourd’hui.
Questions courantes sur le film La Casina
Q : Le film a-t-il réellement été tourné ?
R : Des essais et des séquences éparses existent, mais l’œuvre complète n’a jamais été finalisée. Des intitulés divers circulent dans les institutions françaises et italiennes : on évoque même des images cinématiques dans des collections particulières.
Q : Y a-t-il des liens entre le projet et des écrits de Pasolini sur le jeu ?
R : Pasolini a souvent lié le jeu à des considérations sur le néocapitalisme et la perte des valeurs paysannes. Dans ses écrits, le jeu est souvent analysé comme un piège des classes dominantes, même si la condamnation morale demeure secondaire.
Q : Pourquoi l’association avec Fellini est-elle si spéciale ?
R : Parce que leurs visions du cinéma sont à la fois opposées et complémentaires. On peut défendre l’idée que cette confrontation interne était un moteur créatif exceptionnel, même si elle semblait vouée au désordre.
Q : Où voir des extraits ou des documents sur cette œuvre aujourd’hui ?
R : Une partie de la documentation est présentée dans certaines rétrospectives, dans les archives sonores et visuelles des cinémathèques, et dans des livres d’histoire du cinéma qui consacrent des chapitres à ce « film fantôme ».
Q : A-t-on des infos sur le tournage chaotique ?
R : Des témoignages évoquent des oppositions sur le script, des décors non finis, et des interprétations divergentes des personnages – ce qui semble avoir ralenti le travail au point de sa rupture.
Q : Y a-t-il une version littéraire de l’histoire ?
R : Plusieurs auteurs ont adapté librement ce travail en récits, en scénarios réinventés et en pièces de théâtre. Toutefois, aucune version ne constitue un substitut car le texte original n’est pas exactement connu.
Ce projet incarne, de façon latente, la complexe relation entre le désir et la perte, un nom de film que l’on murmure dans les colloques comme l’un des grands rêves inaboutis du cinéma européen.
